Les concerts :


Bill Wyman’s Rhythm Kings, le concert au Royal Albert Hall du 12 novembre 2003.




Festival du Gaou, Six-Fours Les Plages en juillet 2003




Classic 21... 20ème anniversaire.




David Sonnenbluck et le Brussels Ballet.




The Musical Box au Cirque Royal le 3 novembre 2007 pour le "Black Show".




The SCABS play ’Royalty In Exile’.




One Way le 26 mai 2007 au Brussels Jazz Marathon.




Willy Willy & The Voodoo Band au Machels Bluesfestival le 5 mai 2007.




MARILLION au Forum de Liège le 12 mai 2007.




Saint au Bota le 25 février 2007... Concert d’enfer !




"The Musical Box" performs "Selling England By The Pound" au Cirque Royal de Bruxelles.




The Musical Box performs GENESIS - "Selling England By The Pound". Présentation.




The Machine, with Norbert Stachel.




Wallace Collection, le 9 décembre 2006, pour la 18ème édition des "Golden Years" au Sportpaleis d’Anvers (Antwerps Sportpaleis).




0110 - Le concert... frontstage




0110 - Les préparatifs du concert.




Wallace Collection en répétitions à Bruxelles




Beverly Jo Scott et Planet Janis à l’AB le 15 juin 2005




One Way aux Halles St Géry le 20 mai 2006




John Blackwell à la Jazz Station le 10 avril 2006




Mike Sanchez and his Band au Spirit of 66... Le concert du 23 mars 2006.




Aigles... Les retrouvailles et le concert du 25 mars 2006




Cœur de Rock, de Piero Kenroll, reçoit le Prix Crossroads




Spirit of 66 - 10 ans !




POCO - Spirit of 66 - 10 mai 2005




Skinny Molly - Spirit of 66 - 4 mai 2005




Willy Willy and the Voodoo Band - Présentation d’Hellzapoppin’ à l’AB




Jimi Hendrix - Émotions électriques... Loison-sous-Lens




Mike Sanchez and his Band au Spirit of 66, le 18 février 2005.




The Musical Box - The Lamb Lies Down on Broadway




Spirit Of 66 - Le cru 2004 !




Steve Earle & The Dukes




Willy With Wigbert




The Pretty Things - Spirit Of 66 - 8 octobre 2004 - 40 Years Anniversary Tour




Manfred Mann’s Earth Band & Status Quo... FN 19-10-04




The Pretty Things - Spirit Of 66 - October 2003




Peter Gabriel - Growing Up Tour



 
Graeme Allwright et Steve Waring

Leurs talents conjugués, leur connivence et leur empathie avec le public devraient donner des leçons à tout ce qui bouge dans le show business.

 

 

Villefranche sur Saône, un samedi soir sur la Terre. La campagne du Beaujolais s’endort, encore toute attendrie par les récents effluves généreux du pressoir. Les vignes effeuillées tremblent mollement aux derniers vents d’automne caressant les restes noirs de leurs grappes sucrées. Le temps semble suspendu à l’éternité des côteaux orange et bruns apaisés et à peine perturbés par le bruit de l’autoroute, plus loin.... Dans la nuit naissante, les alignements de ceps dessinent des figures géométriques reposantes pour l’œil et pour l’âme.

Je roule gentiment à travers cette terre si forte et si belle.

Il faut dire que l’instant est magique et le pays merveilleux d’autant qu’à la clef de cette soirée se trouve un autre moment de délice : le concert de Graeme le baladin et de Steve le magicien ...

Avoir franchi six cent cinquante kilomètres pour cela, est-ce bien raisonnable ?

Steve Waring et Graeme Allwright

Je sens confusément que les minutes à venir sont prometteuses. Je le sais depuis quatre mois, depuis que j’ai en main le billet sésame du bonheur . Je ne suis d’ailleurs pas seul à percevoir cette excitation, Fabrice, qui m’accompagne, la pressent aussi. La vie fait décidément bien les choses puisque, sans un mot perdu de ma part, au hasard d’une conversation, il ne serait pas là... (sans l’intervention de ma petite Veline non plus d’ailleurs).

Durant l’été, j’ai, en effet, découvert tout à fait fortuitement, dans un feuillet local, la venue de Steve Waring et de Graeme Allwright à Villefranche. Ce qui attira mon attention c’est qu’ils étaient programmés dans un tout petit théâtre : le Pêle Mêle, rue Savigny 171, disposant d’une capacité maximale de cinquante places... Autant vous dire que l’effet de proximité m’a séduit d’emblée.

J’en étais là de mes rêveries au moment d’arriver à destination.

L’endroit est, comme prévu, minuscule. Logée au fond d’une arrière cour, la salle sympathique n’est pas plus grande qu’un mouchoir de poche. Les sièges en plastique rouge, alignés comme à la fête du village, occupent quelques gradins dans un espace presque équivalent à la taille de la scène. Il flotte dans l’air un parfum de bonhomie et de simplicité qui me plaît.

Sur scène, pas de câbles, pas de micro : trois guitares, un banjo et un trombone sont alignés autour de deux chaises toutes simples. Au pied de l’une d’elles, un rondin de bois m’intrigue. Quelques petits maracas en forme d’œufs et deux lutrins complètent le tableau. Autant dire que nous nageons dans le minimalisme absolu.

Vu l’engouement prévisible des spectateurs, vingt places ont été rajoutées et une séance supplémentaire programmée le lendemain.

Le public est bon enfant, d’âges divers, y compris quelques bambins, manifestement plus intéressés par Steve Waring. Pour revenir à l’ami qui m’accompagne, je suis fortement impressionné qu’il apprécie, je dirais même qu’il affectionne à ce point, le personnage de Graeme (prononcez « Gramme ») Allwright, étant donné qu’il n’était même pas né quand ce dernier faisait les beaux jours du paysage audio-visuel ( audio... surtout).

Car, c’est bien cela la première surprise, je l’avais oublié : notre Néo-zélandais chantant marche allègrement sur ses quatre-vingts ans. Né en 1926, il connut ses premières heures de gloire dès 1964, soit depuis quarante ans déjà...

Graeme Allwright

On peut sans trop prendre de risques affirmer que Graeme Allwright occupe une place à part au panthéon des artistes... francophones. Il représente, en fait, ce que le métissage linguistique a fait de mieux tout à l’honneur de la langue française. Il occupe un terrain qui va de l’intelligence à l’émotion en passant par la générosité et la sincérité. Cet homme est resté lui-même jusqu’au bout des ongles, jusqu’à la modestie qui le rend parfois involontairement distant voire inaccessible. Quand on l’approche, on sent cet embarras, qu’ont tous les vrais modestes, pour communiquer. Il fait corps avec les choses, le monde et les êtres, dans une paix intérieure qui l’isole et le protège des débordements admiratifs. Il se veut à ce point effacé qu’il décontenance et subjugue en même temps son interlocuteur.

En fait, ce sont ses textes et ses musiques qui parlent pour lui... C’est la scène sa demeure. Tout est là, au cœur de l’arbre de vie et de douceur que représente sa propre existence créatrice. Tout est visible sur la route des émotions qu’il parcourt inlassablement, tout est contenu dans la révolte sage mais ferme voire intransigeante qu’il exprime à propos du droit au bonheur et de la nécessité de lutter pour un monde plus juste et plus humain. « J’ai eu mon lot de larmes, j’ai eu mon lot de peines, dans le silence et le vacarme, la lutte n’est pas vaine ».

Graeme Allwright, c’est un passage en revue magnifique de nos propres espérances et un exutoire bienvenu de nos propres peurs. Il symbolise admirablement l’idée du voyage et le sens de la liberté. C’est aussi l’homme de tous nos questionnements.

On lui doit d’avoir mis Bob Dylan, Léonard Cohen et tant d’autres à notre portée : Tom Paxton, Pete Seeger, Peter, Paul and Mary, Woodie Guthrie,... mais aussi de nous avoir fait découvrir un parolier somptueux tel que Maurice Cocagnac.

Il est l’architecte d’un pont flamboyant entre les cultures et l’orfèvre de chansons admirablement ciselées.

Son compère Steve Waring (ils s’entendent comme larrons en foire) est également un fameux passeur de mots. Il vient du blues, ne l’a jamais renié et le retrouve depuis peu avec finesse et élégance. Beaucoup plus extraverti que Graeme Allwright, notre bonhomme a également un sens de l’humour hyper-développé et un rire très communicatif.

Elevé dans le Massachussets au biberon traditionnel des Brownie McGhee, Leadbelly et autre Big Bill Broonzy, il a, deux ans avant Marcel Dadi, introduit le picking en France, dès 1965, en compagnie de Roger Mason, autre expatrié made in USA. On écoutera avec ravissement les disques qu’ils enregistrèrent ensemble en 1970 et 1975, digitalisés plus récemment sous le titre générique « Guitar Pickin » (1994).

Autant dire que Steve Waring est un guitariste redoutable qui excelle également au banjo.

Steve Waring

Il s’est consacré aussi avec beaucoup de réussite à la chanson pour enfants (visant les adultes) et a, dans ce créneau, réalisé près d’une vingtaine d’albums de très grande qualité sous-tendus par une exemplaire conception écologique du monde.

On le retrouve, enfin, aux côtés de Graeme Allwright dans la défense de nombreuses causes humanitaires dont la plus récente l’a mené à Madagascar pour tenter de sauver l’accordéon
malgache. Il faut savoir, en effet, que faute de technologie appropriée et de pièces de rechange, les artistes malgaches sont dans l’incapacité d’utiliser cet instrument qui disparaît totalement du pays.

Le concert commence un peu plus tard que prévu, le temps d’installer les heureux détenteurs des derniers billets (merci Fred pour ceux que tu nous as offerts) et c’est dans la plus grande simplicité que Graeme et Steve apparaissent sur la scène et s’installent en plaisantant.

Le démarrage est somptueux. Blowin in the wind me fait craquer d’emblée. Je suis hypnotisé par la qualité des guitares et la douceur des voix, d’autant que les passages traduits par G/A correspondent parfaitement au texte de Bob Dylan (on est loin des approximations atroces de Richard Anthony, si vous voyez ce que je veux dire...).

L’enchaînement sur On the road again de Willie Nelson (« Comme un vrai gamin ») me ravit et me fait fondre... Le top des classiques assurément. Puis survient ce formidable blues de l’Hosto St-Jacques (le colossal St-James Infirmary si cher à notre Jean-Pierre Froidebise national) dans une version décapante immortalisée sur le Cd « Blues » (1998).

Emmène-moi fait chavirer définitivement la salle moins concernée, sans doute, que je ne le fus moi-même par les trois premières chansons. Ce morceau de bravoure est un des titres les plus emblématiques du chanteur aux pieds nus. A ce propos, je comprends l’utilité du rondin puisque c’est sur lui qu’il posa les pieds (en chaussettes, hiver oblige) tout le concert.

Les grenouilles me rappellent des tonnes de souvenirs. C’est par cette chanson que j’ai découvert Steve Waring et... la stéréo. Au moment où le disque parut, je venais en fait de m’offrir une belle petite chaîne up to date, juste après le Teppaz, quoi ! On a toujours cru que cette chanson était due à Sam Hitten (Steve Waring, lui-même, en premier) mais il s’agit en fait d’un traditionnel... Comme tous ceux qu’il remet en vogue, on peut parler de re-création (cft l’album « Blues ») dans l’esprit et le respect les plus grands des sources originelles.

Cela dit, alliée à la finesse et au verbe tendre de Graeme Allwright, la dextérité de Steve Waring fait merveille. Il dispose d’un jeu souple, coulé et terriblement nuancé qui lui permet même de suspendre les notes en l’air. À noter sa voix chaude et grave, superbe, également

Retour à Graeme et à Bob Dylan avec L’homme qui donna des noms aux animaux pour un trait d’humour et de gaieté qui anime sensiblement l’assistance.

Suit alors un trio de chansons , composées par Steve Waring tour à tour drôle (Jean Doucement), pure (Le Vagabond) et émouvante (Pour Rudolph). Cette dernière a été écrite pour un enfant dans le coma auquel Steve rendait régulièrement visite à l’hôpital en tant que membre d’une association promouvant les actions des artistes vis-à-vis des milieux hospitaliers. C’est un texte magnifique et généreux...

La reprise de Woody Guthrie (Hard Travellin) en français : Le Trimardeur est un autre exemple de chanson qui colle à la peau de G/A, période folk. Elle précède Arthur que Steve Waring a dédiée au cadet de ses fils, trisomique. C’est un véritable plaidoyer pour l’optimisme et l’amour de la vie. Un bijou, une perle, une (très) grande chanson. Je vous assure qu’après l’avoir entendue il y eut une émotion largement perceptible dans la salle.

Et nous sommes restés au sommet de la perfection avec L’Arbre successivement en anglais puis en français, composée par Maurice Cocagnac, Dominicain de son état, ami de Graeme Allwright , auteur lumineux et poignant. Toute la mesure de son talent se retrouve aussi joliment dans L’Automne superbe tableau de vie fascinant de force évocatrice.

Rat des Villes et Rat des Champs est un morceau d’humour pétillant que Steve Waring (qui vit à la campagne, dans le Lyonnais) a composé en pensant à Graeme Allwright (qui habite Paris). C’est une merveille d’humour et de bon sens qui fait exploser les spectateurs de joie.

J’m’envolerai qu’on doit aux deux compères à l’affiche ce soir est également une toute belle chanson présentant la mort, sujet grave s’il en est, sous un aspect souriant, doux, positif et rassurant.

Inutile de parler de Suzanne ce chef-d’oeuvre de Léonard Cohen que Graeme Allwright a réussi à sublimer dans sa version française et qui restera sans doute comme « la » chanson référence de ce dernier malgré les dizaines d’autres tout aussi sublimes...

Nous aurons droit, ce soir, à six rappels, c’est dire le plaisir de vivre un concert pareil.

Sacrée Bouteille interprétée par nos deux troubadours remet une pinte de bonne humeur dans le bastringue juste avant La Baleine Bleue (première chanson rédigée en français par Steve Waring), très incisive sur le respect de l’environnement, autre fleuron du célèbre citoyen de Sains-Bel et avant Petites Boîtes de G/A. Avec cette chanson on revient à la satire sociale si chère aux protest songs que Graeme Allwright véhicula tout au long de sa carrière.

Le Matou de S/W déride encore un peu plus l’atmosphère avec les interventions du public hilare.

Jamais chanson n’aura mieux tenu sa place que Petit Garçon juste avant Noël et ce beau cadeau nous toucha tous énormément.

C’est évidemment par Il faut que je m’en aille que le concert s’est achevé. On s’y attendait, tout à une fin mais celle-ci fut à la fois gaie et triste. La chanson est géniale mais la perspective de retrouver le silence d’après concert moins enviable. N’empêche les milliers de lumières allumées par ces deux extraordinaires musiciens resteront brillantes dans nos coeurs encore longtemps...

Que dire en guise de mot de la fin ?

Chacun de ces deux artistes adorables aurait mérité le déplacement à lui tout seul, le fait de les voir ensemble est une véritable aubaine (parce qu’assez rare). Leurs talents conjugués, leur connivence et leur empathie avec le public devraient donner des leçons à tout ce qui bouge dans le show business. Heureusement pour nous, ces musiciens sont indémodables et très loin des contraintes matérialistes. Ils nous donnent à retourner en nous-mêmes pour y voir le beau et le vrai, ils nous apportent la sagesse et le courage et nous montrent la route...

En ce sens les paroles de Greame Allwright résument admirablement mon propos :

« Ce n’est pas pour vous séduire, si je suis encore là. C’est seulement pour vous dire ce que vous savez déjà ».

Didier Dirix

© Texte et photos : Didier Dirix

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